JEU29JUI2010
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  • AFRICAINE QUEEN

    • Africaine Queen, 7
      « Et comment je vous reconnaîtrai ? — J'ai trente ans, les cheveux bruns... — Et moi j'en ai soixante... les cheveux blancs. » La porte du bistrot poussée, j'aperçois mon homme, assis à une table déjà : Pierre Prades, initiateur de la commission « monoactivité » du conseil de quartier Château d'eau-Lancry. Le calme amusé de sa voix au téléphone m'avait plu, je le découvre tel que je l'imaginais, réfléchi, posé. Comme je l'interroge sur la réalité des plaintes de riverains, il est formel : elle existent. Dans quelle proportion ? Toute la difficulté est de le savoir. Au conseil de (...)
       
    • Africaine Queen, 6
      « Ça ira mieux après les élections. » C'était le sentiment général il y a un mois au métro Château d'eau, après le durcissement du climat et la multiplication des arrestations de rabatteurs. Chacun attendait que l'orage passe, pensant que le bon score de la gauche aux régionales rassurerait la mairie et aiderait les choses à rentrer dans l'ordre. Deux semaines après le second tour, la tension reste palpable. Le quartier vit une période curieuse : désertion de la sortie de métro, repli prudent des rabatteurs sur les trottoirs d'en face d'où ils font leur possible pour continuer vaille que vaille (...)
       
    • Africaine Queen, 5
      Il y a deux semaines, j'évoquais la dénonciation dont venait d'être victime, de la part de concurrents jaloux, un ami gérant de salon. Ces guerres internes, ces rivalités entre salons et parfois entre clans, Château d'eau les a toujours connues. Moussa, gérant lui aussi, est arrivé il y a douze ans. Il a vu le quartier évoluer, certains clans étendre leur influence, d'autres reculer, disparaître. « À l'origine, Château d'eau, c'était des Congolais. Ce sont eux qui sont venus et qui ont tout créé, à partir de rien. » Mais ils étaient peu nombreux et des Nigérians les ont progressivement (...)
       
    • Africaine Queen, 4
      La femme africaine est belle. C'est le titre d'un post dans lequel la blogueuse Cordélia appelle ses lectrices à assumer sans complexes leur africanité. Non au défrisage et aux crèmes éclaircissantes qui dénaturent la femme africaine ! J'apprends de cette façon l'existence d'un débat : pour ou contre le défrisage. L'éloge de l'authenticité façon Cordélia suscite des commentaires enthousiastes, mais aussi des réactions agacées. Se faire défriser les cheveux, est-ce renier son africanité ? Nombre de lectrices invoquent la commodité du défrisage, plus simple à l'entretien que les tresses, (...)
       
    • Africaine Queen, 3
      En entrant chez le chocolatier Tholoniat, aujourd'hui cerné de salons de coiffure africains, je m'attends à tomber sur un homme usé. Je sais qu'il prend sa retraite à la fin du mois. Il me semble déjà l'entendre : lassitude d'un quartier dégradé, amertume d'un départ forcé après des décennies de loyaux services. Tout faux ! À l'écoute de mes questions, le chocolatier sourit. Personne ne le pousse vers la retraite. Il abandonne une affaire prospère, pour profiter des belles années qui lui restent. Quant aux rabatteurs des salons qui traquent le client jusque devant sa porte, il rit de bon (...)
       
  • DIAM’S SANS JEU DE MOTS

    • Diam’s sans jeu de mots, 6
      « Si la mort venait me dire il te reste que vingt minutes... Ben j'aurais souhaité la paix... Et j'aurais rappé dix minutes... » C'est fini. Je n'ai jamais parlé avec Diam's, mais à vrai dire je m'en doutais, Sébastien Catillon ne m'a pas rappelé (en revanche il répond au Monde, sympa), à un moment j'avais caressé l'idée de voir Joey Starr pour lui parler de Diam's qui l'a plusieurs fois cité comme modèle (« je rencontre mes légendes Joey Starr et Kool Shen »), et puis à quoi bon ? Le voyage, je l'ai fait. Pas seulement chez Catillon ou au concert d'Orléans, le (...)
       
    • Diam’s sans jeu de mots, 5
      20 mars, Orléans, l'Astrolabe. Les basses me font vibrer, la salle est petite, on est tous debout à dix mètres au plus de Diam's, il y a quelque chose d'un peu magique à être là, en arrivant j'ai dit que j'étais sur la liste, on m'a donné un autocollant « Auguri productions, AFTER SHOW ». After show veut-il dire que toutes les portes s'ouvriront ensuite ? On verra. Diam's est en pleine forme, ça bouge, c'est physique, c'est le moment de dire que je ne suis quasiment jamais allé dans ce genre de concerts et que je suis impressionné - mais aussi un peu déçu : sur scène, (...)
       
    • Diam’s sans jeu de mots, 4
      Stéphanie Binet a de l'humour puisqu'elle m'écrit « Dites donc, Raphaël Meltz, j'ai lu dans votre revue ce matin : Stéphanie Binet, de Libération, m'a promis une réponse pour le quatrième épisode. Je vous ai promis ça quand, moi ? On va boire un café, je n'ai pas dit que j'allais vous écrire après notre "rencontre". Vous n'êtes pas très rassurant comme interlocuteur, vous prenez les "tueries" de Diam's au pied de la lettre, vous interprétez les emails selon vos désirs. » Elle me convoque à 16h15 dans une brasserie près du canal saint-Martin. Pas de chance, elle (...)
       
    • Diam’s sans jeu de mots, 3
      Stéphanie Binet, de Libération, m'a promis une réponse pour le quatrième épisode. D'ici là, elle souhaite me voir : c'est le fameux et sacro-saint tropisme journalistique de la « rencontre », sans lequel il semble impossible d'écrire. Tropisme auquel je cède à mon tour en allant dans les bureaux du Big up project, l'association lancée par Diam's dont l'objet est de « contribuer à la protection et l'aide à l'enfance en difficulté notamment en Afrique » ainsi que de « promouvoir le dialogue, la solidarité et la diversité interculturels entre les jeunesses françaises et celle du monde (...)
       
    • Diam’s sans jeu de mots, 2
      « Qu'est-ce tu fais, là ? Sors de ton lit, vas-y, prends ton sylo, et craque. — Nan, j'ai plus envie, lâche-moi, j'fais plus rien. » (« Mélanie ») C'était bien la peine de créer un magnifique suspens autour de Stéphanie Binet : la journaliste de Libération, pour des raisons personnelles qui n'ont rien à voir avec le sujet, n'a pas pu me répondre. À suivre, à nouveau donc. D'autant qu'un lecteur avisé qui parle le langage des djeun's mais ne l'est plus vraiment (22 ans) me signale par sms : La phrase « si j'ai un mari qui tue ben j'm'en fous de la parité » doit (...)
       
  • IMPRIMER LE MONDE

    • Imprimer le Monde, 6
      Mon point de départ, déjà lointain, était un conflit social et la gare de l'Est. Le conflit avait pris la forme d'une grève, début janvier, puis d'un ballet de propositions autour d'un repreneur éventuel de l'imprimerie du Monde. S'il est sorti du salon de coiffure voisin, il est logique que le lecteur se demande où on en est et que l'auteur essaie d'apporter une réponse. À ce jour, rien n'est acquis (si je puis dire). Rien n'est perdu (non plus). Mais c'est moins l'imprimerie que le groupe lui-même qui pose problème. On dispute de l'hypothèse et de la nature (...)
       
    • Imprimer le Monde, 4
      Décidément on n'est jamais assez précis ni attentif. On ne coiffe pas le chapeau d'Albert Londres sans risque même si le risque est minime et si mon petit reportage n'embrasse pas les bagnards ni les coureurs cyclistes. À titre de consolation, on peut y discerner le signe sinon la preuve que le Tigre est lu, au moins par Marc l'ouvrier de la presse et par Baba Cool l'artiste à la tondeuse magique. Autant voir les choses du bon côté ; si le monde syndical est aussi complexe que le monde des mèches et des cosmétiques, la mise au point aimable de Marc veut éviter toute ambiguité : je (ne) suis (que) (...)
       
    • Imprimer le Monde, 3
      bonjour, v'là la suite. à part ça, j'ai un gros problème : je n'ai pas trouvé le chocolatier de mon confrère d'africaine queen. aurions nous le droit d'introduire de la fiction dans les articles ou de les bidonner ? bernard. Ivry est une ville industrieuse avec sa fabrique de plumes métalliques devenue manufacture des oeillets devenue ateliers d'artistes, avec son souvenir sucré de Pierrot Gourmand, avec les deux mille six cents entreprises dont elle se flatte, avec ses tas de gravats déversés au hasard vers les quais, normal, c'est là que passe le fleuve. Au bord de (...)
       
    • Imprimer le Monde, 2
      On n'est jamais assez précis. La rencontre du vendredi 12 février, rue de Varennes, a réuni une délégation syndicat et patronat du Monde et les représentants des pouvoirs publics. Une première entrevue entre les délégués syndicaux et l'ensemble des patrons éditeurs, le mardi 9, avait laissé augurer une solution positive. Elle confirmait officiellement la volonté de maintenir le site industriel d'Ivry et l'intention d'obtenir des fonds publics. Malgré les promesses, la réunion du vendredi n'a pas vraiment abouti. L'édition du Monde du même jour publie la photographie d'un (...)
       
    • Imprimer le Monde, 1
      Lundi 1 février, le matin, il neige à gros flocons pendant une petite heure, mais Paris n'est pas Vladivostock et la neige ne tient pas. Le dictionnaire a raison. Le reporter est bien celui qui recueille des nouvelles et fait un récit. J'ai déjà fait le reporter occasionnel pour l'élection du président des Etats-Unis en 2004, puis, de loin, pour le Tour de France en 2005, ce qui me donne un minimum d'autorité pour coiffer le chapeau d'Albert Londres. Il était temps que je reprenne la route. Il fallait donc qu'on me passe commande. C'est fait. Pour le tout nouveau Tigre, je dois choisir mon (...)
       
  • LA BARBE

    • La Barbe, 5
      « C'est ta première action ? - Avec la Barbe, oui. Mais d'habitude je me baigne seins nus à la piscine. » Je viens d'engager la conversation avec Noëlle, sympathique jeune femme venue ce soir-là prêter main forte aux Barbues. Passé le premier réflexe goguenard (« Tu tombes le haut de maillot et tu gardes le bonnet ? »), je demande des précisions. J'apprends qu'il ne s'agit pas d'un cas isolé d'exhibitionnisme mais du mode de militance d'un collectif féministe. Les Tumultueuses débarquent torses nus dans les piscines publiques de Paris, parfois flanquées de complices masculins (...)
       
    • La Barbe, 4
      « On nous attaque ! » La voix familière de François Chaslin, d'ordinaire égale jusqu'au monocorde sur France Culture, est à l'instant changée, légèrement éraillée. Neuf jeunes femmes aux visages dissimulés sous de fausses barbes avancent droit sur lui, interrompant la conférence qu'il est en train d'animer à la Cité Universitaire Internationale. Prenant à témoin les cinq éminents architectes invités à s'entretenir de « la conservation du patrimoine », l'une des assaillantes déclame : « Messieurs, en 2009 vous avez affiché un revenu individuel moyen près de deux fois supérieur à celui de (...)
       
    • La barbe, 3
      Paris, jeudi 18 mars 2010. Après maintes rencontres ajournées, je suis enfin conviée à la réunion bimensuelle de la Barbe, qui se tient ce soir à la Maison des Associations du 10ème arrondissement. Sur le quai du métro Pigalle, une affiche publicitaire pour les poêles à bois « Invicta ». Sur trois mètres sur deux, un quinquagénaire à dreadlocks et lunettes noires pose dans une attitude savamment décontractée. Il est entouré de deux jeunes femmes, une brune, une blonde, qui lèvent sur lui des yeux conquis et admiratifs. « Mes poêles les séduisent », clame le slogan. Dans le wagon, je trouve un récent numéro des (...)
       
    • Les barbes, 2
      Merci d'être velue ! (La Barbe épisode 2 : Conseil Général des Yvelines, suite) 9h20 : Dans un SAS, nous échangeons nos papiers d'identités contre des badges « visiteurs ». Un homme du service d'ordre, corps trapu et yeux d'épervier, camoufle sa méfiance sous un air jovial : « Bonjour mesdames ! Vous êtes là pour quoi ? C'est l'association Buc contre les nuisances sonores ? ». Nous, évasives : « But ??? Connaît pas. Non, nous on est là comme ça ». Nous traversons une cour pavée sous le regard de bronze d'un Général De Gaulle grandeur nature. Par un majestueux escalier, nous (...)
       
    • Les barbes, 1
      Merci d'être velue ! (La Barbe épisode 1 : Conseil Général des Yvelines) La barbe : du latin barba, « barbe de l'homme ». Depuis 2008 : groupe d'activistes féministes qui, affublées de fausses barbes, jouent les trouble-fête partout où la parité n'est encore que postiche. Après un échange de mails touffu avec le collectif, rendez-vous est pris. A ma demande d'assister à une réunion pour les besoins du présent feuilleton, elles m'ont répondu : action ! C'est à un débat d'orientation budgétaire au Conseil Général des Yvelines1 vendredi 19 février, 9h30, qu'est fixé mon baptême (...)
       
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