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Démasqué !

Démasqué !

Démasqué !
Mis en ligne le samedi 3 octobre 2009.

Publié dans le numéro 31 (mai-juin 2009)

Voix féminine. - Bienvenue sur le 3223, le numéro magique Audiotel. Veuillez indiquer le service ou l’entreprise auquel vous voulez accéder en le prononçant ou en le saisissant à l’aide des touches de votre téléphone.

Arenaud Poun. - Carodin.

Voix féminine. - Vous avez demandé (autre voix) Carodiiiiin. (première voix) Merci de patienter, sinon, dites : « Annulez » pour une autre demande.

 (blanc, puis musique aérienne, paroles : Doudadadou dada daaaaam, wéaaaa, tindinm tindinmmmmm)

 Femme. - Service consommateur, bonjour.

 A. P. - Bonjour, madame. Je suis bien chez Carodin ?

 F. - Tout à fait.

 A. P. - Alors, je vous appel...

 F. - C’est pour participer au jeu, certainement ? Oui, je vous écoute, monsieur.

A. P. - Vous me dites : « Est-ce que c’est pour participer à un jeu ? »

F. - Oui... Non ?

A. P. - Non, non, j’ai aucune envie de jouer. Je sors de l’hôpital. En fait.

F. - Ah ! D’accord. Excusez-moi.

A. P. - Non, non, mais je vous en prie. C’était simplement pour vous souligner que je n’avais pas envie de jouer, mais plutôt de mieux manger...

F. - D’accord...

A. P. - Je passe sur mes petits soucis de santé, j’ai eu une crise d’appendicite, donc, voilà j’ai été à l’hôpital pour ça...

F. - D’accord... Suite à votre alimentation ?

A. P. - Est-ce que ma crise d’appendicite était liée à mon alimentation ?

F. - Oui.

A. P. - Je pense pas qu’on puisse aller jusque-là.

F. - D’accord.

A. P. - Je sais pas. Vous êtes diététicienne ?

F. - Non, justement. Je vais vous passer une diététicienne. Je pense que ça va être plus simple. Je vous demande deux petites secondes, s’il vous plaît.

A. P. - Mais vous, vous répondiez pour le jeu, en fait.

F. - Voilà, non mais à mon avis, il y a eu un problème au niveau de... Ils ont mal dirigé l’appel. Mais c’est pas grave.

A. P. - Non, parce que moi, j’appelle, je sors de l’hôpital, et y avait une petite serviette Carodin, et y avait écrit : « Pour mieux manger ? (point d’interrogation) Appelez nos diététiciennes au numéro magique 3223, et dites Carodin, c’est ce que j’ai fait et je suis tombée sur vous.

F. - Non, non, mais...

A. P. - Et vous me dites : « Est-ce que vous voulez jouer ? »

F. - Non, mais je vous ai dit ce qui s’est passé. Je vais vous passer une diététicienne. Je vous demande de patienter deux petites secondes.

A. P. - Merci Martine.

(musique d’attente style piano bar, message : « Nous vous demandons de bien vouloir patienter quelques instants, mercii », bis)

Autre femme. - Oui, bonjour.

A. P. - Oui, bonjour madame. Je vous appelle, je sors de l’hôpital, j’ai... on m’a distribué une petite serviette à l’effigie de Carodin, sur cette serviette en bas à gauche, j’ai pu lire : Pour mieux manger ? Appelez nos diététiciennes au numéro magique 3223 et dites Carodin, c’est ce que je fais et je tombe sur vous. Je vous remercie, déjà, d’être là.

F. - Mais je vous en prie, monsieur.

A. P. - Simplement d’être là. Je sors de l’hôpital, comme je le disais à votre consœur, pour une hospitalisation suite à une crise d’appendicite. J’ai pas très bien mangé, j’ai pas très bien mangé à l’hôpital. Des plateaux servis par Carodin. Une petite barquette de carottes râpées, du poulet qui se voulait chaud mais qui était froid, une purée pas très très bonne, des yaourts et une compote... J’ai envie de dire j’ai pas eu de chance, parce que j’ai déjà été hospitalisé ailleurs et j’ai déjà été servi par Carodin, et tout s’est bien passé. Je vous appelle, parce que aujourd’hui j’ai l’impression que mon alimentation est pas forcément bonne, et je me demande si justement vous pouviez pas m’apporter une expertise et une analyse, en termes nutritionnels et diététiques ?

F. - Alors. Nous on est surtout là pour répondre à des demandes spécifiques. On ne va pas du tout se substituer à la consultation d’une diététicienne en libéral.

A. P. - Vous, vous êtes pas libérée, euh, pas libérale ?

F. - Bah, non, je ne suis pas en cabinet, je travaille pour Carodin.

A. P. - Mais vous êtes diététicienne nonobstant.

F. - Oui, je suis diététicienne, mais je n’ai pas de cabi... Pardon ?

A. P. - Ça a pas l’air sûr. Si ? Vous êtes diététicienne ?

F. - Ah ben si, je suis sûre. J’ai passé un diplôme, je me rappelle bien, c’était il y a pas très longtemps, donc, je suis sûre, je suis diététicienne. Mais ceci étant dit, j’ai pas de cabinet, et donc...

A. P. - Ah oui, non mais moi, je me doute bien, j’appelle Carodin. Non, ben c’était pour avoir quelques conseils parce que effectivement quand on est à l’hôpital ou dans des cantines scolaires ou en prison, les plateaux Carodin, bon, certains disent que c’est léger, moi j’ai pas forcément cette vision des choses, je trouve que ça peut être agréable de manger chez Carodin, mais j’ai l’impression chez moi justement que si je pouvais revenir à la mode plateaux repos, euh plateau repas hôpital-prison-cantine, ça serait peut-être mieux pour mon poids, parce que je suis pas forcément très mince, pour employer un euphémisme. Je mange beaucoup de féculents, parfois des haricots verts mais j’aime pas trop ça. Est-ce que vous, par rapport à des questions que vous pourriez me poser, on pourrait faire un diagnostic ensemble pour que je puisse progresser ?

F. - Alors, moi ce que je peux vous recommander déjà dans un premier temps, je ne sais pas si vous connaissez le PNNS, le Programme National Nutrition & Santé, qui en fait a fixé des repères de consommation vers lesquels il est recommander de tendre pour une alimentation équilibrée, dont le fameux Cinq fruits et légumes par jour que vous avez certainement déjà entendu.

A. P. - Oui oui oui, j’ai entendu ça, oui.

F. - Donc voilà, il y a déjà ce type de repères. Moi je pas vraiment là pour qu’on fasse une enquête alimentaire détaillée ensemble et que je vous donne ensuite des conseils...

A. P. - J’avais l’impression que c’était un numéro magique, c’était écrit sur la serviette que je reçois. Bon, je suis idiot, je prends pas pour argent comptant ce qu’il y a d’inscrit sur une serviette qu’on nous distribue à l’hôpital, mais vous voyez la serviette en papier à laquelle je fais allusion ?

F. - (blanc) Oui non mais numéro magique c’est un nom spécifique de France Télécom, une tarification.

A. P. - Ouais, ouais ouais. Mais il y a quand même un service «Pour mieux manger appelez nos diététiciennes» ?

F. - Oui, oui oui. Bien sûr, non mais je suis juste en train de vous...

A. P. - Je sors de l’hôpital, je suis un peu... en me disant, il faut que je me reprenne en main, et j’arrive pas trop à savoir ce que vous pouvez faire pour moi.

F. - Ben, je vais vous expliquer. On est là pour répondre à des questions spécifiques...

A. P. - Je crève la dalle ! Je sors de l’hôpital, je crève la dalle ! Oui !

F. - Vous me dites si je peux essayer de vous expliquer le...

A. P. - Je pensais à Jean-François Copé qui dans les débats télévisés dit toujours « Est-ce que je pourrais en placer une ? » Euh, pardon, excusez-moi, je me suis égaré, je vous écoute. Excusez-moi, madame. J’suis un peu nerveux, je sors de l’hôpital, c’est pour ça. Et mon frère est en prison, il mange très mal. Allez-y !

F. - Donc, nous on est là pour répondre à des questions spécifiques, mais on est pas là pour faire une enquête alimentaire détaillée avec vous, on ne va pas faire un inventaire détaillée de votre alimentation, puisqu’on ne mettra pas en place un suivi, et que dans le cadre d’une perte de poids importante, il est important d’avoir un suivi régulier avec une diététicienne.

A. P. - Alors, question spécifique, réponse spécifique, peut-être, je vais tenter ma chance avec une question spécifique. Vous avez fait référence tout à l’heure au Programme National, avec les apports journaliers, vous savez ça mieux que moi. Moi je suis ce programme, c’est-à-dire que je mange des fruits au moins cinq par jour, j’ai une alimentation qui est théoriquement basée sur un programme équilibré, et pourtant mon poids ne... voilà, je suis toujours une petite boule, et je n’ai pas l’impression vraiment d’être dans un climat diététique chez moi. Comment revenir à des valeurs plus saines, prônées par Carodin ?

F. - Est-ce que vous pratiquez une activité physique ?

A. P. - Oui, oui. Je fais du tir à l’arc.

F. - De façon régulière ?

A. P. - J’essaye d’en faire au moins une fois par an.

F. - D’accord. Donc a priori vous ne suivez pas les recommandations du Programme national Nutrition Santé.

A. P. - Ah bon ? Pourquoi ? Parce qu’il faut faire du sport tous les jours ?

F. - Trente minutes d’activité physique par jour, oui, ça fait partie des repères.

A. P. - Vous faites quoi, vous ? Un peu de footing, un peu de tennis ?

F. - Oh, je crois que ça vous regarde pas vraiment.

A. P. - Non, mais c’est pour m’inspirer, je sais pas... Vous vous arrivez à faire du sport tous les jours une demi-heure ?

F. - Ben, écoutez, il existe quand même toute une multitude de sport, donc, oui, on peut quand même trouver du temps pour faire trente minutes de sport par jour.

A. P. - Mais euh, ouais il faut s’inscrire à... moi j’habite Paris, faut s’inscrire à la mairie de Paris et les cours sont toujours blindés, quoi.

F. - Ben vous avez juste besoin de vos jambes et de chaussures et d’aller marcher, ou de faire un footing.

A. P. - Ah ! La marche, c’est bon ?

F. - Oui, c’est une activité physique. Oui, dès que vous avez une activité.

A. P. - Parce qu’il y avait quelqu’un qui m’avait conseillé, quelqu’un d’assez sympa, qui m’avait dit : « Ouais, au lieu de prendre l’ascenseur, espèce d’abruti... - enfin il avait pas dit « espèce d’abruti », il m’avait dit : « Au lieu de prendre l’ascenseur par exemple, prends les escaliers. » Comme j’habite au dixième, il m’avait dit : « En montant les escaliers tous les jours ou deux fois par jour, dajà, tu feras un peu de sport. » Est-ce que vous préconisez une telle pratique ?

F. - Effectivement, c’est marcher. Puisque vous marchez dans les escaliers.

A. P. - Ah oui, c’est ça. Je marche dans les escaliers, donc je marche, donc je fais du sport puisque marcher est un sport.

F. - CQFD.

A. P. - CQFD. Merci beaucoup pour ces conseils. Et je vais essayer de les appliquer et de vous rappeler pour vous dire si ça a marché ou pas.

F. - Est-ce que je peux vous demander dans quel hôpital vous étiez, puisque vous avez fait une remarque au niveau de la qualité de la nourriture qui vous a été servie.

A. P. - Lariboisière.

F. - D’accord. Est-ce que je prendre vos coordonnées ?

A. P. - Oui, bien sûr. Je m’appelle Arenaud, Arenaud, vous... Arenaud Poun. Poun, P O U N. Arenaud, donc A R E N A U D.

F. - Oui, donc vous êtes en fait Arnaud Poun, du site Le Tigre, c’est ça ?

A. P. - Je suis tout à fait Arnaud Poun du site Le Tigre. Vous m’avez complètement démasqué ! Comment connaissez-vous Arnaud Poun ?

F. - Vous êtes un petit peu connu dans ce type de milieu. Donc, je vous précise que je ne souhaite pas que notre conversation apparaisse sur votre site.

A. P. - D’accord, mais vous prenez quand même mon adresse ?

F. - Je vais prendre votre adresse mais je vous reprécise quand même que je n’accepte pas que notre conversation soit sur votre site.

A. P. - C’est pas notre genre si vous connaissez le style du Tigre...

F. - Justement, vous mettez les enregistrements, et vous mettez la retranscription des conversations.

A. P. - Oh là là, c’est nous prêter des choses, Ouh, là là ça je... On va voir ça avec le directeur de la publication, mais c’est pas le style de la maison. Vous connaissez le magazine papier du Tigre, j’imagine ?

F. - Je connais surtout votre site internet.

A. P. - Vous connaissez le site internet. Bon, je vous donne mon adresse.

F. - Oui ?

A. P. - Alors. 45, rue de Vaugirard, 75015 Paris. (blanc) Allô ?

F. - Oui oui, je suis toujours là.

A. P. - Bon, ben je vous assure, tout ça sera, hein, bon, ben comme d’habitude. On fera ça dans la version papier, et vous pourrez vous entendre sans doute, sur le site internet.

F. - Ben comme je vous l’ai dit, je ne l’accepte pas, monsieur. Vous n’avez pas le droit de le faire contre ma volonté. C’est quelque chose qui est interdit par la loi.

A. P. - D’accord, bon ben on va relire les articles de loi ensemble, et on va voir comment ça peut se passer.

F. - Pas de souci, ce sera un plaisir.

A. P. - Merci beaucoup, à très bientôt.

F. - Je vous souhaite une bonne journée. Au revoir.

A. P. - Moi aussi, merci. Au revoir.

 ***

PS. Le directeur de la publication, après consultation du service juridique du Tigre, a
décidé de publier l’entretien, une fois celui-ci rendu totalement anonyme, et de ne pas
mettre en ligne sa version audio, à la demande de la personne concernée.

 

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