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Dans la psychose

Couscous Garbit

Dans la psychose

Dans la psychose
Mis en ligne le mardi 3 mars 2009 ; mis à jour le jeudi 1er janvier 2009.

Publié dans le numéro 29 (jan.-fév. 2009)

Tonalité. Bip de touches.

Homme. - Service consommateur Garbit, bonjour !

Arenaud Poun. - Oui. Bonjour monsieur. Je vous appelle parce que je viens d’ouvrir une boîte de couscous royal poulet-merguez, et ça a... ça a fait un... « pschitt » hyper fort. ça a un peu explosé, on va dire.

H. - Oui. Vous pouvez me donner les références de la boîte en question ?

A. P. - Oui. Attendez. Bougez pas. (bruits de pas, de papier froissé.) Alors...

H. - Dites-moi ce que vous lisez sur le fond de la boîte métallique.

A. P. - J’ai « 3 », « 2 », « 6 », « 1 »...

H. - Non non. Sur le fond de la boîte. Là, ce que vous me donnez, c’est le code-barres. Sous la boîte métallique, vous avez les informations... inscrites au jet d’encre... ça commence par « CPM ».

A. P. - Sur le fond, vous dites ?

H. - Oui. Le fond de la boîte métallique.

A. P. - Ok. Alors, c’est « CPM »...

H. - Oui.

A. P. - « 05, 44, A »...

H. - Oui.

A. P. - « 20, 6, 11. »

H. - D’accord. Donc là, effectivement... Il y a longtemps que vous avez cette boîte ?

A. P. - Je l’ai achetée... Je sais plus. C’était encore dans mes conserves, en fait. J’en achète souvent. J’aime plutôt ça, d’ailleurs.

H. - Si vous appelez... Enfin, là, vous avez composé un numéro vert, c’est que vous avez vu sûrement une information dans un journal ou dans un magasin ?

A. P. - Alors, justement, moi je me suis demandé ce qu’il se passait. J’ai ma femme qui m’a dit qu’elle avait entendu dire qu’il y avait effectivement eu des problèmes avec certaines boîtes. Moi, je suis pas trop dans la psychose des produits : « Ah oui c’est pas bon, il faut les renvoyer... » ou j’sais pas quoi...

H. - Non, justement la boîte que vous avez ouverte est une boîte qui est concernée par le rappel.

A. P. - Vraiment ?

H. - Bien sûr. Donc c’est une boîte qu’il ne fallait surtout pas ouvrir. C’est pour ça que...

A. P. - Mais ça a vraiment fait une sorte d’explosion !... Mais moi je suis assez peu peureux de ce genre de trucs, mais je... Le produit est bon quand même.

H. - Mais vous l’avez pas consommé quand même ?

A. P. - Euh... Non. Pas encore.

H. - Hé, hé. (il rigole.) Eh bé, je vous propose de ne pas le consommer du tout !

A. P. - Ben pourquoi ?

H. - Parce que. Si on fait un rappel sur cette boîte-là, c’est qu’il y a une raison. On a eu effectivement deux boîtes bombées, et pour éviter les accidents tels que celui que vous avez pu observer, on préfère rappeler tout le lot. Donc, ça fait huit jours qu’on a des petites annonces dans les magasins, qu’on a fait des annonces par les médias, les journaux, la radio, la télé, et caetera, pour justement faire revenir ces boîtes du 20/06.

A. P. - Ah ! Vous êtes pas dans la psychose aussi ? Si... Enfin...

H. - Bah, écoutez, non. Mais pour éviter tous les soucis, on a préféré faire ce rappel.

A. P. - Bon, ok. Je vous avoue que... voilà... j’ai ouvert ça... Ma femme... Parce qu’on a un garde-manger où y a toujours pelin de conserves, plein de conneries, de choses comme ça... Ma femme me dit : « Ah ! Mais c’est peut-être les fameuses boîtes... » Complètement excitée, voilà...

H. - Comme quoi, elle avait raison. (il rit.)

A. P. - Comme quoi, elle a raison, mais moi je lui disais... je lui dit : « Écoute, arrête tes conneries ! » Non, mais il y a toujours une psychose autour de la bouffe, quoi ! Et moi je vous dis...

H. - C’est vrai, c’est vrai... Mais là, c’était vraiment...

A. P. - Dès qu’il y a un truc, quelqu’un qui... bon... Alors, effectivement, c’est un autre sujet, mais j’ai vu à la téloche une nana qui avait mis des chaussures, vous savez, et qui a eu des champignons, et un pied qui a gonflé de volume. Quand on voit des photos comme ça, on se dit effectivement qu’on va pas acheter des chaussures chez ce chausseur.

H. - Bien sûr.

A. P. - Mais sur la bouffe, concernant « Couscous Royal Garbit », vous allez me prendre pour quelqu’un un peu bizarre, mais je suis complètement admiratif de cette marque, parce que j’ai été un peu fasciné sur l’élaboration, justement, de la conservation, via, vous savez, le cuisinier Nicolas Apert.

H. - (un blanc.) Oui, tout à fait. Oui, oui.

A. P. - ... qui est quand même à l’origine en 1870 de l’apertisation !

H. - Oui. Oui, oui. Non, mais on est tout à fait d’accord. Oh ! C’est avant 1870, même bien avant, bien avant ça.

A. P. - C’est bien avant ça ? Je croyais que c’était en 1810.

H. - Ah ! 1810 ? J’avais compris 1870.

A. P. - Non. 1810.

H. - Oui, oui, 1810. D’accord.

A. P. - 1810, je crois, il me semble, 1800...

H. - Non non, tout à fait. C’est une découverte absolument révolutionnaire parce que s’il n’avait pas trouvé ça, il y aurait pas du tout de conserves, il y aurait pas eu les bocaux, il y aurait pas eu toute cette évolution de la conservation...

A. P. - Et l’idée, c’était la conservation avec le traitement... par la chaleur et l’emballage étanche, quoi.

H. - Tout à fait. C’était ça la grande nouveauté. Et à l’origine, c’était dans des bocaux en verre. Et puis, à la fin du XIXe siècle, début XXe, le verre a été remplacé par des boîtes métalliques...

A. P. - Ben ouais.

H. - Donc, là ce sont les Anglais qui ont repris un petit peu, qui ont fait évoluer la technique, parce que le verre c’est bien pratique, hein : on voit ce qu’il y a dedans, mais ça peut être dangereux, ça casse, euh, bon...

A. P. - Ouaiff, mais bon. Ben justement, quand on connaît l’histoire de votre marque... Je vous avoue que j’ai un peu flippé quand même, bon... Quand j’ai ouvert et que ça a fait, une sorte d’espèce de... quand même pas une bombe, mais c’était une bombinette, tout de même : une bombinette ! Le truc quand même qui vous gicle un peu... qui surprend, qui surprend...

H. - Ben c’est pour ça qu’on avait fait ce rappel justement. Pour ce type d’incident. (un temps.) Comme quoi, la prochaine fois, il faut écouter sa femme !

A. P. - Ben ouais, c’est ça. Vous conseillez même pas que j’essaye le faire réchauffer, de mettre un peu d’épices ?

H. - Non, non, pas du tout.

A. P. - Non ? Sérieusement ?

H. - Sérieux. Ne prenez pas de risque, hein.

A. P. - Pfff. Ah, non, mais un petit couscous Garbit, là, non ?

H. - Prenez une autre boîte, si vous voulez...

A. P. - Ah, d’accord !

H. - Non, une boîte qui fait... enfin, qui a eu le phénomène que vous avez observé, c’est une boîte qui a donc re-fermenté. Donc, si elle a fermenté, c’est qu’il y a eu un développement bactérien, et...

A. P. - Ah non, mais moi je mange les yaourts périmés, attention ! Là vous parlez à un type qui a un estomac bien accroché, hein. Bien accroché.

H. - Oui, non mais entre un yaourt qu’on consomme quelques jours après...

A. P. - Mais dix, quinze jours après la date, monsieur ! Je suis pas dans cette psychose. Mais c’est dans la tête, tout ça, non ?

H. - Oui, mais, non non. Tout à fait. Le risque est différent. Non, mais là, ne vous amusez pas à déguster cette, euh... enfin si vous voulez, mais je réponds de rien, hein !

A. P. - Vous répondez de rien ! Si je la mange, vous répondez de rien ! Ah, ouais, d’accord. C’est comme si je vous avais pas appelé, en gros...

H. - Ouais ! Non non non, il faut éviter, il faut éviter !

A. P. - Bon, on va éviter. Ok ok.

H. - Bon ceci étant dit, pour parler concrètement, soit vous retournez, bon, si vous voulez vous faire rembourser...

A. P. - Oh non, non ! Non, attendez, je vous dis : vous parlez à un consommateur qui est plutôt admiratif de votre marque et qui... voilà. Donc je vais pas aller me faire rembourser... euh, trois euros quatre-vingt la boîte.

H. - Non mais si vous aviez souhaité le faire, il fallait retourner, parce que vous avez peut-être pas forcément le ticket, le ticket de caisse...

A. P. - Ouh ! J’crois pas, non.

H. - Faut retourner dans le magasin, avec votre boîte, en lui... Et là vous demandez le remboursement ou l’échange. ça, ça peut se faire. Si ça marche pas parce que la boîte est ouverte, on peut tomber sur des gens un petit peu bizarroïdes au niveau des accueils, vous nous recontactez, et puis on vous fait un courrier, mais bon.

A. P. - Nooon... Vous ennuyez pas, je vais pas la manger mais...

H. - Non, la consommez pas.

A. P. - J’la consomme pas, promis. Ok, ça marche. Merci beaucoup, monsieur, à bientôt, bonne continuation. Au revoir.

H. - Au revoir.

 

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