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L’autofictif

L’autofictif

L'autofictif
Mis en ligne le jeudi 1er mai 2008 ; mis à jour le vendredi 8 août 2008.

Publié dans le numéro VIII (mars-avril 2008)

 

Les visons sont inquiets : on parle de réintroduire la veuve de diamantaire dans les forêts de l’Ontario.

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La première visite officielle du pape aux Inuits a mal tourné. Le Saint-Père s’est égaré seul dans les immensités polaires. Douze hélicoptères tournent depuis trois jours au-dessus de la banquise, mais les recherches ont hélas bien peu de chances d’aboutir. Oh comme il doit maudire la vanité de sa fonction et regretter la pourpre cardinalice !

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Au Moyen Âge, un rhume emportait son homme. Nous laissons venir sur nos lèvres un sourire supérieur à l’évocation de cet ancêtre chétif. Ajoutons toutefois qu’il se remettait d’un coup de casse-tête en buvant une infusion de sauge.

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J’ai intrigué auprès des autorités et fait jouer mes relations afin que la nouvelle ligne à haute tension traverse mon jardinet. J’ai été exaucé, et maintenant on me jalouse, car ce privilège m’épargne la dépense de poteaux et de cordes à linge qui précipite tant de foyers français dans les affres de l’endettement. Puis, grâce à quelques potsde-vin opportunément distribués, j’ai obtenu que l’autoroute se détourne pour passer sous mes fenêtres et me déposer dix minutes plus tard dans la zone commerciale où je m’approvisionne. Enfin, je viens d’offrir mes dernières plates-bandes à l’État pour la construction du futur aéroport qui mettra demain mon pavillon à huit heures d’avion de l’Empire State Building porte à porte.

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Le récit de nos soucis de santé ennuie tout le monde, il faut le savoir, sauf pourtant si nous avons la délicatesse d’être contagieux.

Qui n’a jamais cru se débarrasser de son acné juvénile en étalant sur son visage le sperme de ses masturbations ? lançai-je à la tablée. Mais je fus lâchement abandonné à la solitude de mon témoignage par ces convives hypocrites et, dès le lendemain, Paris me retirait mon mandat d’attaché d’ambassade auprès de la famille royale d’Angleterre.

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Un Français sur deux souffre du dos, dit-on. J’imagine que c’est celui qui porte l’autre.

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Petite leçon d’histoire à l’intention des motards lancés à fond sur les autoroutes. Savez-vous que les gueules cassées ont joui d’un certain succès auprès des femmes au retour de la guerre de 14 ? Eh oui. Or savez-vous que ce n’est plus le cas ?

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Conséquence cruelle et inattendue de l’interdiction de la cigarette dans les lieux publics, je viens de découvrir que mon meilleur ami bâillait en m’écoutant durant toutes ces années, il bâillait dans ce petit bar où nous avons nos habitudes et où j’aimais me confier à lui tandis qu’il exhalait ses perpétuels ronds de fumée.

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Une minuscule béquille de Handicap International, une clochette de l’Armée du Salut, un crayon d’Amnesty International et encore, d’autres associations humanitaires, des porte-clés, des figurines, des calendriers, des agendas, des étiquettes autocollantes libellées à mon adresse… C’est trop de bonté vraiment, toute cette aide qui m’arrive en urgence, mais ma gratitude se complique de scrupules tenaillants : suis-je assez infortuné pour bénéficier de ces colis ?

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50 euros l’amour, me proposa cette jeune femme rencontrée dans la rue ; et certes, ce n’était pas cher payer, mais justement, pour ce prix-là, était-ce une offre bien sérieuse et pouvait-elle me garantir que cet amour si bon marché ne se dégraderait pas bientôt en vague tendresse puis en indifférence pure et simple ?

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Notre souverain n’aime pas déléguer. Il abat lui-même la besogne de ses ministres et de son bouffon.

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Il y a environ deux ans, mon frère a aperçu Julien Gracq qui entrait dans la papeterie de Saint-Florent. Je me plus alors à penser que le vieil écrivain sur le chemin de la boulangerie, se voyant observé, avait poussé la porte de cette boutique pour donner à son lecteur admiratif la satisfaction de croire qu’il écrivait encore.

 

 

textes originaux sur http://l-autofictif.over-blog.com

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