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Diam’s sans jeu de mots, 4

Diam’s sans jeu de mots, 4

Diam's sans jeu de mots, 4
Mis en ligne le mercredi 14 avril 2010 ; mis à jour le lundi 22 mars 2010.

Publié dans le numéro 04 (27 mars-13 avril 2010)

Stéphanie Binet a de l’humour puisqu’elle m’écrit « Dites donc, Raphaël Meltz, j’ai lu dans votre revue ce matin : Stéphanie Binet, de Libération, m’a promis une réponse pour le quatrième épisode. Je vous ai promis ça quand, moi ? On va boire un café, je n’ai pas dit que j’allais vous écrire après notre «rencontre». Vous n’êtes pas très rassurant comme interlocuteur, vous prenez les «tueries» de Diam’s au pied de la lettre, vous interprétez les emails selon vos désirs. » Elle me convoque à 16h15 dans une brasserie près du canal saint-Martin. Pas de chance, elle est pressée, et je ne prends pas de notes, ce qui l’inquiète. J’essaie de plaisanter : « Je suis comme Truman Capote, je retiens 98% d’une discussion ». Elle est persuadée que je vais me conduire comme un journaliste : ne reprendre de ses propos que ce qui m’arrange.

En fait, Stéphanie Binet est plutôt sympa, elle travaille sur le rap depuis quinze ans, et elle a connu Diam’s dès ses débuts. Elle me rappelle qu’en 2007, Libération avait accueilli la chanteuse comme rédac’chef d’un jour : « les patrons du journal l’adorent ». Et tout naturellement c’est dans Libération que Diam’s aurait pu choisir pour s’expliquer à la sortie de S.O.S. Je réargumente sur le fait qu’un artiste n’a pas de compte à rendre ; mais « les rappeurs sont un peu comme des journalistes, ils perçoivent des choses de la société, et ils le racontent dans leur disque, ils sont dans une position médiatique ambigüe ». Pas faux ; pas faux non plus quand elle m’explique que pendant longtemps le managment « sortant » (remplacé juste avant la sortie du disque par Sébastien Catillon) lui a fait croire que Diam’s allait lui donner une interview, et que son article en porte la trace. Je marque à mon tour des points en lui signalant que le silence de la rappeuse aurait pu, en tant que tel, être le sujet d’un article, mais sous un angle positif (« C’est vrai, on pourrait faire un «Grand angle» [dans Libé] sur les artistes qui ne veulent plus parler dans les médias »).

Et finalement je comprends le malentendu : pour Stéphanie Binet, Diam’s aurait dû prendre la parole pour dédramatiser la question du voile, pour rassurer, pour démonter les préjugés islamophobes. Finalement, elle n’est pas loin d’Eric Fassin qui dans les Inrocks disait : « Il y a ceux qui s’inquiètent qu’elle porte le voile, ce qui n’est pas mon cas. Ce qui m’inquiète, c’est qu’elle choisisse d’en faire une quête privée et personnelle, qu’elle le dépolitise. J’y vois un symptôme non pas de la montée de l’intégrisme dans les banlieues, mais de ce qui nous guette tous, à savoir le découragement politique. »

Je persiste néanmoins : dans le contexte médiatique actuel, l’article de Stéphanie Binet étaient interprétable de façon tendancieuse : « sa conversion à l’islam » et « sa récente pratique religieuse font partie de la sphère privée, certes, mais son refus de communiquer renforce surtout l’impression que Diam’s s’enferme réellement dans sa bulle. » Mais ce que me raconte la journaliste, c’est que la chanteuse a été beaucoup plus blessée par les commentaires des internautes (« ce sont toujours les plus racistes et les plus cons qui viennent s’exprimer sur les forums », dixit S.B.) que par l’article lui-même.

« Il faut que tu la voies en concert, que tu écoutes ce qu’elle dit entre les morceaux, ce qui se passe dans la salle. » Même si c’est dit d’un ton légèrement condescendant, je me plie à l’injonction binetienne. Sauf que : les concerts de Diam’s sont archicomplets (comme quoi, malgré le silence, le succès est toujours là). J’envoie un mail à Sébastien Catillon. Pas de réponse. J’appelle l’attaché de presse qui fait le lien entre nous deux. Il me tutoie d’emblée, s’agace : « tu sais quoi, tu es hyper speed, tu veux une place pour ce soir ? » Ce soir-là, c’est Douchy-les-Mines, au fin fond du Nord. « Tu vas quand même pas aller à Douchy-les-Mines ? » Quelques heures plus tard, la réponse est négative : « il y un quota de place pour la maison de disques, on n’en a plus. » Ni pour Rouen, ni pour Orléans, les jours suivants. J’imagine Stéphanie Binet ricaner : le petit Meltz n’a pas les réseaux qu’il faut. Mais je rebondis : Nicolas Richard m’avait confié connaître les « tourneurs » (qui organisent les tournées) de Diam’s, Charles et Laurent, les fondateurs d’Auguri. Je leur laisse des messages. Pas de réponse. Et finalement j’ai Charles le samedi au téléphone : « est-ce que je pourrais aller au concert d’Orléans ce soir ? - Tu es à Orléans ? - Non, je suis à Paris mais je peux y aller. - Tu vas aller à Orléans ? Attends juin, elle fait deux concerts à Paris au Zénith. » Le temps de lui expliquer le principe du feuilleton, et de l’urgence afférente, et quelques sms plus tard, miracle (hé oui Stéphanie Binet, moi ça m’impressionne qu’on me trouve une place pour un concert complet trois heures avant le début), me voilà dans un train pour Orléans, direction : l’Astrolabe. Y croiserais-je Sébastien Catillon ?

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