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Mère

Mère

Mère
Mis en ligne le lundi 23 février 2009 ; mis à jour le mercredi 18 février 2009.

Publié dans le numéro 28 (nov.-déc. 2008)

Philippe, 29 ans.

 

 

 

Donc, le mot que j’ai choisi, c’est le mot « mère », m e accent grave r e. Donc, la mère est, comme chacun sait, celle qui nous met au monde - et souvent notre premier amour.

[définition] Alors, on dit que l’homme est marqué par son premier amour. On le ressent assez facilement. On peut avoir aimé une femme, vers vingt ans, vers dix-huit ans, vers seize ans, mais on oublie que notre premier amour, c’est l’amour de notre mère, et ensuite les autres vont être des successions pour oublier ce premier amour. C’est à la fois pour se défaire de l’amour de sa mère, et à la fois pour le retrouver. Comme dans toute relation amoureuse, c’est : la nouvelle sert à oublier la précédente et en même temps à en créer une nouvelle... L’homme est un petit peu pris dans un engrenage qu’il ne maîtrise pas trop, étant donné, pour reprendre une expression gauloise ou biblique, on pourrait dire, voilà : il est tombé dedans, dans la marmite, quand il était jeune ! On pourrait dire, voilà, qu’il a mangé au fruit défendu de l’amour - mais c’était pas de sa faute, hein ! -, l’amour maternel.

Et donc, l’homme en fait est obligé d’aller de l’avant, puisqu’il y a eu une blessure, peut-être initiale, donc il se sent obligé d’aller de l’avant, pour panser cette blessure. Donc, aller de l’avant, ça veut dire parfois : il a rien à faire, donc il est obligé d’aller quand même de l’avant... On voit partout les gens qui vont de l’avant. Parfois, il y a vraiment... Au niveau politique, ça se traduit - ça peut éventuellement se traduire - par des guerres, des conquêtes, des conquêtes amoureuses ou des conquêtes de territoire. Ou parfois, par des choses extrêmement positives. Par éventuellement, voilà : fonder une famille, faire partager les choses que nous avons comme connaissance vers une spirale ascendante, faire développer la conscience individuelle, monter ce qu’on appelle la culture, ce mot un peu vague.

Voilà, donc, en fait, c’est à la fois... C’est un constat un petit peu pessimiste, mais peut-être que l’homme est obligé d’avoir cette obligation de construire, pour faire quelque chose. Car si y a pas cette obligation, si tout va bien, comme chacun sait, on n’est pas, on n’a pas forcément tendance à avancer. Donc, il y aurait plus de temps, y aurait, puisqu’on chercherait plus. On n’attendrait plus le lendemain, on serait... Et... euh... voilà, donc. Je pense que j’ai fait le tour de la question.

[exemple] Alors, l’amour d’une mère est au tout début fusionnel, jusqu’à peut-être parfois huit ans, parfois enfin ça peut être assez tard, ça peut être fusionnel assez tard. Et quand ça se termine, l’amour fusionnel crée une blessure, contrairement à un amour non fusionnel, enfin plus qu’un amour type amitié... Et donc cette blessure, voilà, c’est le principe de la blessure. Qui fait que pour oublier cette blessure, eh bien, faut soit courir, faut faire des choses, faut penser à autre chose, et donc ça oblige à avoir des sensations équivalentes pour oublier des sensations fortes, pour oublier ça. On sait bien que - ou bien je veux bien dire je
 , mais vers... enfin, on se rend bien compte que, entre le stade du placenta, du début, quand on lui... quand même ! quand on lui... on lui prend le sein, quand même ! si tu veux, c’est presque sexuel. D’ailleurs, c’est des gestes très forts... Moi, à partir de sept, huit ans, je prenais plus son sein. Et dans un amour, quand on arrête de prendre le sein de sa copine, c’est pas bon signe, c’est que... c’est qu’on est largué, c’est que ça va pas, quoi, c’est que ça marche plus. On te dit : « C’était avant. Avant, tu pouvais me prendre le sein ; maintenant tu me le prends plus. Avant, je pouvais te voir tout nu ; maintenant on se voit plus tout nus. » C’est pas... c’est assez général. C’est pas... Et voilà, ensuite, après c’est des choses... Après, des choses... Personnellement... Effectivement, une forme d’amour peut perdurer, peut perdurer. Et euh, ben là-dessus, comment ça se termine, comment ça s’est terminé ? Ben, je dirais que pour moi, ça s’est terminé par une espèce de possessivité de la mère sur son fils, qui ne lui permet pas, qui le condamne, de penser ce qu’il pense, vous voyez ? Voilà, donc. Mais, même pour ceux pour lesquels tout va bien, il y a une rupture, quoi qu’il arrive, je pense... C’est terminé ?


Documents joints :
Mère, Flash Video, 16.9 Mo
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