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Bouygues Construction

Bouygues Construction

Bouygues Construction
Mis en ligne le mardi 1er mars 2011 ; mis à jour le lundi 28 février 2011.

Publié dans le numéro 001 (janvier 2011)

Les frères Poun, Arenaud et Arethur, ont repéré à l’angle des rues Pajol et Riquet, dans le XIXè arrondissement, une pancarte placée devant un chantier : « Bouygues Bâtiment, construction privée. Notre volonté : réduire les nuisances. Notre engagement : vous écouter. Contactez-nous : 0800 39 40 41. » Le numéro se révélant n’être qu’un simple répondeur, ils décident d’appeler directement le siège de Bouygues Bâtiment, au 01 30 60 33 00.

 

Standardiste – Bouygues bonjour.

Arethur – Oui, bonjour madame, je vous appelle parce que je cherche à contacter Bouygues Bâtiments. J’habite rue Riquet, il y a un panneau, vous savez, il y a une construction, et j’ai noté...

Standardiste – « Chantier en cours » ?

Arethur – Oui, exactement, chantier en cours.

Standardiste – D’accord, et vous voulez parler à une des personnes qui s’en occupe ?

Arethur – En fait, si vous voulez, j’ai un numéro pour les nuisances, mais c’est un répondeur, il n’y a personne qui répond...

Standardiste – D’accord, on va regarder ça. C’est quelle ville ?

Arethur – Alors... c’est Paris XIXe. J’étais surpris, parce qu’il y a une grande affiche, il y a un numéro, mais il n’y a personne à ce numéro...

Standardiste – Oui, eh bien on va essayer de trouver quelqu’un. Vous m’avez dit rue Riquet ? [...] Alors la personne qui s’en occupe s’appelle Sandra Menoko, je vais vous la passer, et je vous donne son numéro direct, c’est le 01 30 60 3...

(Tonalité, puis : « Welcome to Bouygues construction »).

Arethur – Madame Menoko ?

Sandra Menoko – Oui.

Arethur – Oui, bonjour madame. Euh... Comment vous expliquer la situation simplement ? J’ai appelé un numéro en 0800, parce qu’il y a une affiche en bas de chez moi, rue Pajol rue Riquet, j’habite rue Riquet, évidemment, je n’habite pas rue Pajol rue Riquet, on ne peut pas habiter dans deux rues. Il y a un chantier, un énorme chantier Bouygues. Bon, Bouygues, a priori on fait confiance, c’est du solide, c’est du sérieux ; c’est TF1, aussi.

Sandra Menoko – Et plein d’autres, mais bon !

Arethur – Et d’autres choses, oui, j’imagine... Il y a le téléphone, aussi, on oublie toujours le téléphone...

Sandra Menoko – Non, en général, quand on parle Bouygues, il y en a beaucoup qui parlent téléphone...

Arethur – Ah oui ? Ils ne pensent pas à TF1 ? Franciiiiiiis ! Ciby 2000 ! Souvenez-vous des années 1980 ! Mais peu importe, je ne vous appelle pas pour ça. Je vous appelle parce que je suis un peu en colère. Le numéro est marqué sur le panneau, 0800 blabla, donc numéro gratuit, et là quand j’appelle, il n’y a personne en fait. C’est ce qu’on appelle un répondeur.

Sandra Menoko – Oui... Et votre demande, c’est quoi ? Dites-moi, parce que je ne comprends pas.

Arethur – Ma demande, c’est de parler à quelqu’un avec qui je peux parler des nuisances provoquées par le chantier.

Sandra Menoko – D’accord. Euh... Et comment ça se fait que vous tombiez sur moi 

Arethur – (riant nerveusement) Vous me demandez à moi ? Alors attendez... J’ai composé le 0800, d’accord, je tombe sur un répondeur, je suis un peu colère, j’appelle Bouygues...

Sandra Menoko – Et vous tombez sur moi ? Vous avez mon numéro de téléphone à moi ?

Arethur – Direct, oui, Sandra Menoko, 01 30 60 3...

Sandra Menoko – Et vous l’avez eu où ?

Arethur – Ah, madame Menoko, madame Menoko ! On travaille nous aussi, on travaille ! Il n’y a pas que vous qui travaillez ! (rire de madame Menoko) Donc le souci que j’ai, c’est le bruit. Vous allez me dire, un chantier, ça fait du bruit, c’est normal, mais j’attendais de Bouygues...

Sandra Menoko – Attendez, attendez ! Je voudrais savoir le nom du chantier exact, parce que moi j’ai un logiciel qui s’appelle Parc SAV. Là, vous êtes au SAV, hein.

Arethur – Service après-vente ?

Sandra Menoko – Exactement.

Arethur – C’est un peu comme si j’avais acheté un chantier, et vous faites le service après-vente ! Exceptionnel ! (rire d’Arenaud) C’est mon frère, derrière.

Sandra Menoko – C’est une voix de femme.

Arethur – Pas très sympa pour lui. (à Arenaud) Il dit que tu as une voix de femme, pardon, elle dit parce qu’elle, c’est une femme. (à madame Menoko) Donc... Service après-vente chantier, j’ai acheté un petit immeuble rue Pajol-Riquet... Non, je n’appelle pas parce que j’ai acheté un immeuble, j’appelle parce que ça fait trop de bruit et que le numéro que j’appelle pour me plaindre du bruit ne répond pas. [...]

Sandra Menoko – Alors... J’ai un Parc SAV où j’ai normalement toutes les adresses des chantiers qu’on a. Rue Riquet, j’ai un numéro, 52-54 rue Riquet, c’est tout ce que j’ai, et je n’ai pas la rue Pajol.

Arethur – Oui, rue Riquet, rue Riquet, très bien. Si vous voulez, ce qui m’importe, moi, c’est les bruits.

Sandra Menoko – Votre appel est bizarre.

Arethur – Comment, mon appel est bizarre ? C’est le monde à l’envers. Non seulement votre numéro de fonctionne pas, je me démène pour trouver le contact de mademoiselle Menoko, et là on me dit que mon appel est bizarre !

Sandra Menoko – Mais pourquoi... J’aimerais bien savoir qui vous a donné mon nom, parce que ce n’est pas moi qui gère ça.

Arethur – Mais qui gère ça, alors ?

Sandra Menoko – Eh bien, il faudrait appeler le standard...

Arethur – Attendez ! Je vous passe mon frère, parce qu’il est très colère.

Arenaud – Allô ?

Sandra Menoko – Oui.

Arenaud – Oui, excusez-moi. Je reprends l’appareil, parce que j’habite également cet endroit...

Sandra Menoko – Vous habitez... Avez-vous un numéro de rue à me donner ?

Arenaud – On est 45 rue Riquet, qui croise la rue Pajol pas loin. On n’en peut plus du bruit. On n’en peut plus !

Sandra Menoko – Oui...

Arenaud – Attendez, attendez !

Sandra Menoko – Je travaille chez Bouygues, mais moi je ne gère pas ça, vous tombez sur un numéro de téléphone, il y a quelqu’un qui vous a donné mon nom... Sauf que moi, je ne le gère pas, j’essaie de vous donner le nom de la personne concernée. Alors ne m’engueulez pas...

Arenaud – Ce n’est pas du tout dans mes habitudes, mademoiselle. [...] Je ne veux vraiment pas vous ennuyer, je veux juste que vous puissiez éventuellement m’aider à répondre à cette question. Par rapport au chantier, Bouygues, vous pouvez réduire au maximum les bruits.

Sandra Menoko – D’accord.

Arenaud – Et comme vous travaillez chez Bouygues, je voudrais savoir... Parce que mon frère que vous avez eu au téléphone, il semble calme, mais il est en réalité à bout de nerfs. Je vais vous donner une information qui va peut-être vous intéresser. Nous avons un canapé, chez nous. Hé bien figurez-vous que hier, il l’a transpercé. Il a pris la mousse qui revêtait le canapé. Et il a tenté d’aller sur le chantier, sur ledit chantier, sis rue Pajol rue Riquet, pour encercler le marteau-piqueur de mousse, pensant, sans doute à tort, qu’un marteau-piqueur encerclé de mousse pouvait ainsi réduire les nuisances sonores qu’il produisait.

Sandra Menoko – Alors pourquoi n’avez-vous pas été voir le chef de chantier pour lui demander plus de précisions, ou le nom de son supérieur hiérarchique, afin de régler ça ? Je comprends pas.

Arenaud – La scène que je vous ai décrite, mademoiselle Menoko, a eu lieu hier soir, à minuit. Minuit et quart.

Sandra Menoko – Mais on ne fait pas du marteau-piqueur à minuit dix ou minuit et quart !

Arenaud – Non, justement. C’est-à-dire qu’à minuit et quart, les travaux sont finis...

Sandra Menoko – Tout à fait.

Arenaud – Mais mon frère, qui pète les plombs, s’est dit qu’en encerclant de mousse un marteau-piqueur, peut-être que le lendemain, les ouvriers qui arriveront sur le chantier feront moins de bruit grâce à la mousse qui encercle le marteau-piqueur. On en est là. Je sais bien que ce qu’il vient de faire est une sorte de cri du cœur – d’un coup de colère, d’un coup de poing dans la mousse !, – mais est-ce que, plus sérieusement, on peut imaginer que Bouygues change son matériel et insonorise un minimum son marteau-piqueur qui nous casse... les oreilles ? [...] Est-ce que dans le cadre de votre travail vous avez déjà entendu parler de ces fameux numéros, dont mon frère Arethur...

Sandra Menoko – Non.

Arenaud – Vous n’en avez jamais entendu parler, de ces 0800 ?

Sandra Menoko – Du tout. Vous pouvez me donner le numéro, justement ? Parce que je vais me renseigner.

Arenaud – Oui, bien sûr. Nous on a composé... Je vous lis, en fait, ce qu’on lit depuis notre fenêtre. Il y a écrit : Bouygues Bâtiment, construction privée. Notre volonté : réduire les nuisances. Notre engagement deux points vous écouter. Contactez-nous, deux points, si vous avez de quoi noter je vous donne lé numéro, 0800 39 40 41.

Sandra Menoko – Euh... Vous venez de me dire une chose : c’est « construction privée ». Vous êtes chez habitat, là, ça n’a rien à voir.

Arenaud – Mmmh ?

Sandra Menoko – Ben ouais, ça n’a rien à voir. Alors je me demande aussi comment vous avez pu avoir mon numéro de téléphone.

Arenaud – C’est un mystère, mademoiselle Menoko. Comme ce marteau-piqueur qui nous casse les bonbons (rire nerveux) comme je vous le disais à l’instant, une scène d’un canapé ravagé, d’un canapé fissuré (rire nerveux) d’une mousse enlevée, d’un marteau piqueur qui fait encore du bruit aujourd’hui, est-ce que vous dans le recul que vous avez par rapport aux travaux, que ce soit habitat, construction, construction privée, est-ce qu’il y a moyen, oui ou non, d’avoir des marteaux-piqueurs qui font moins de bruit ? Qui piquent moins ? Qui piquent, mais qui piquent moins fort ? [...] Vous ne répondez vraiment jamais sur les marteaux piqueurs ? (long silence) Allô ?

Sandra Menoko – Oui, oui, je vous écoute...

Arenaud – Est-ce qu’ils peuvent faire moins de bruit, vos marteaux-piqueurs ?

Sandra Menoko – Eh ben vous savez quoi, vous appelez le standard de Bouygues, et vous leur posez la question.

Arenaud – Merci infiniment, madame. Au revoir.

Sandra Menoko – Je vous en prie.

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