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Une faconde bien joufflue

Une faconde bien joufflue

Une faconde bien joufflue
Mis en ligne le vendredi 12 mars 2010 ; mis à jour le mardi 9 février 2010.

Publié dans le numéro 01 (13-26 février 2010)

Par quels moyens distingue t-on quelqu’un en bonne santé de quelqu’un qui l’est moins ou pas du tout ? La parole sur le corps donne un aperçu du désarroi affectif qu’une société de flux ne peut plus endiguer. Faute d’être perçue à son éclosion, la doléance se déploie en rhizome. Le mal portant doit parler. Dans la plupart des organismes sociaux, Pôle emploi, CAF, office HLM, retentit la clameur d’une plainte. Le désarroi ne peut s’exprimer que par une atteinte au dernier barrage, le bien intangible avec lequel nous sommes venus au monde : le corps.

Quand règnent la prescription et l’instinct de survie grégaire, nous héritons de la ministre de la santé Roselyne Bachelot. Même si un haut personnage de l’État, pharmacienne de son état, prône de façon étrange l’achat de millions de doses de vaccins contre la grippe au cas où, nous sommes en droit de nous demander non pas qui s’est servi lors des appels d’offres du marché public mais à quoi servent la peur et la propagation du scénario catastrophe, sinon à enrichir le rayon scatologique des délires urbains ?

Davantage que la sanction d’une frénésie et d’une débauche consuméristes - l’hypothèse de cette nuit dont parle Jules Renard dans Histoires naturelles, « qui s’use comme une robe qui traîne à terre, entre les cailloux et les arbres, jusqu’au fond des tunnels malsains et des caves humides  » - la déroute des certitudes face à l’imprévisible est l’aboutissement logique d’une politique qui ne supporte en rien l’aléa.

Existe une sorte d’inquisition douce qui consiste à répandre un flot d’informations qui se contaminent les unes les autres jusqu’à former un tapis de pétales. Qui pense fouler un sanctuaire de paroles délivrées peut se pencher, empoigner quelques feuilles de chou et nous lire des statistiques de plomb à n’en pas croire nos oreilles.

Nous sommes si ouverts, si compétents en couverture complémentaire et en altruisme. Nous pouvons garantir, grâce à notre système d’assurance-maladies, un minimum d’assistance à toute personne en détresse. Des aménagements qui semblent, dans un premier temps, des avancées, ne font que répercuter le désarroi en quinconce. Le besoin de réglementer permet à la Direction générale de la santé d’émettre une écholalie funeste. La phobie du risque devient outil de répression, chantage à la bonne santé formatée sous l’égide d’un corps sans toxines, opérationnel, plus ou moins corvéable.

Comment se dicte la peur ? Comment s’entretient une politique de prophylaxie du soin ? Comment et à partir de quoi l’industrie des produits pharmaceutiques produit une surchauffe ? 88 millions de doses de vaccins H1N1 en surplus, des dizaines de millions de masques prophylactiques et l’immobilisation de hangars pleins à craquer de préparations qui se périment.

A la guigne, s’oppose le visage d’une faconde bien joufflue. D’une voix entre deux octaves, nous sont assénés des slogans qui visent à l’embaumement : la prévoyance supplée à tout, cessez d’imaginer le pire.

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