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Un gigolo pour vos vieux jours

Malakoff

Un gigolo pour vos vieux jours

Un gigolo pour vos vieux jours
Mis en ligne le mercredi 26 mars 2008.

Publié dans le numéro VII (déc. 2007-fév. 2008)

 

 

Vous savez, quand vous êtes malade : l’air défait, emmitouflé sous la couette, avec le vieux pull troué à même les draps. Pas le temps de se coiffer, pas le temps de s’épiler, pas le temps de ranger la chambre. La misère. Malade, on vous dit. Nicole, elle, c’est pas pareil. Quand elle ne se sent pas bien, elle sort le grand jeu : une nuisette couleur or. Rien d’autre. Pas de bijoux, pas de maquillage. Un oreiller calé dans le creux des reins, et ses longs bras dorés enduits de crème.

Si Nicole peut s’offrir les services de Vincent, c’est que Nicole a su prendre les devants, en ayant souscrit un contrat complémentaire santé qui lui permet de consulter Vincent, son médecin, quand cela s’avère nécessaire. Même Balzac a mis des années pour arriver à maîtriser cette figure de style que le groupe Malakoff réussit avec une telle aisance : projeter l’élément essentiel de la phrase vers la fin, pour qu’il saute aux yeux du lecteur comme une délicieuse surprise d’anniversaire, plus délicieuse encore puisqu’on s’y attend. Ce n’est qu’après trente mots, et la mention de son nom, que l’on nous donne le statut professionnel de Vincent : Vincent, son médecin. De jeunes romanciers des Éditions de Minuit donneraient cher pour mêler ainsi érotisme contenu, compléments circonstantiels et publicité. Le champ lexical de la séduction, s’offrir les services, savoir prendre les devants, est redoublé sur le site internet, www.groupemalakoff.com, qui mentionne : Nicole, 65 ans... Vincent, 30 ans... Découvrez le secret de Nicole. Le secret ? Sans augmentation de tarif liée à l’âge après 65 ans. On croirait voir Chabrol arriver, caméra à la main, pour filmer ce doux adultère provincial entre le jeune médecin et sa riche patiente.

 

 

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Costard gris, chemise bleu pâle, ceinture noire, des lèvres épaisses, des oreilles craquantes, des favoris favorables, un regard attentionné, un (oh, si léger !) embonpoint que dévoile un pli de sa chemise, Vincent est notre George Clooney national. Rien que de sentir le stéthoscope froid et vos battements du cœur ralentissent : l’effet placebo n’a pas d’autre origine. Sauf que là, il s’inverse. Le corps, soulagé par la présence du bon docteur, la réclame : il tombe malade pour le seul plaisir de revoir Vincent. De l’asseoir sur le rebord du lit, sur l’édredon molletonné rose et blanc qui trahit la bourgeoisie discrète et de ce bon goût si mauvais. La veste est nonchalemment posée au pied du lit. La lampe de chevet est allumée. Le balcon donne sur de la verdure. Le lit, forgé pour des amours attachantes. Au-dessus du lit, deux tableaux, dûment encadrés, cadre doré, passe-partout : des sanguines, l’une représente des chevaux, peut-être du Géricault. Il lui tient la main droite. Il la masse, presque, de ce geste ferme et sensuel propre à la gent médicale, de ce toucher des praticiens qui fait que n’importe quelle séance chez un bon docteur est un petit miracle de l’ostéopathie qui s’ignore, soudain les tensions du corps s’apaisent. Sur la table de chevet, une petite photo. Le mari défunt ou la vierge Marie, au choix. Dans cinq minutes, ils vont être moins contents.

Vincent a l’air légèrement surpris. Nicole, vraiment, vous êtes malade ? Non, votre mari n’est pas défunt : il y a des livres sur les deux tables de chevet, des gros livres, ça sent la biographie ou le roman historique à plein nez (alors que, permettez-moi cette perfidie, vous semblez préférer les livres de poche). Mais Nicole est vraiment très malade. Nicole divague. La fièvre sans doute. Elle rêve d’un médecin lui sussurrant, Nicole, ma Malakoffiote, vous êtes bien pâlote ! Et ajoutant si subtilement — en hommage discret au maréchal MacMahon qui s’illustra pendant la guerre de Crimée et grâce à qui, un siècle et demi plus tard, des entreprises s’appellent Malakoff, et Réaumur ne se promène plus sans Sébastopol —, Nicole, j’y suis, j’y reste !Oh, Vincent, je vous en prie. Je me sens toute moite. Et c’est sans doute ce diagnostic (maladie grave, délire caractérisé) qui explique qu’après de longues minutes d’observation de cette photographie, munis des outils les plus perfectionnés que la science informatique ait bien voulu léguer à notre époque, nous avons nommé Photoshop (Gimp, pardon !), l’on ne sache toujours pas, à l’heure où l’on écrit ces lignes, ce que fabrique le bras gauche de Nicole. Bras gauche, que fais-tu ? Photographe, qu’as-tu fait ?

Le photographe, c’est Manu Agah. Spécialiste de cars, fashion, people, il est le plus à même de savoir où était ce bras. Voici ses coordonnées : manu@manuagah.com Kapitän-DreyerWeg 6 / 22587 Hamburg / Allemagne / +49 - (0)40 - 43 60 39

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