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« J’ai peur »

Kietys

« J’ai peur »

« J'ai peur »
Mis en ligne le jeudi 6 mars 2008 ; mis à jour le mercredi 5 mars 2008.

Publié dans le numéro VIII (mars-avril 2008)

Émoustillé par le message suivant lu dans la presse : « En raison du caractère défectueux de certains de nos appareils, vous pouvez joindre notre technicien conseil pour tout renseignement », Arenaud Poun a décroché son combiné téléphonique et composé le 0800 971 371.

VOIX DE FEMME — (Bourrue.) Ingrid, bonjour.

ARENAUD POUN — Oui... Bonjour madame, je suis bien chez KIETYS ?

F. — Vous êtes chez (inaudible) Tys. En quoi puis-je vous aider ?

A. P. — Madame, laissez-moi vous expliquer la situation. J’ai acheté un radiateur électrique à chaleur caloportée de la marque KIETYS, et les références, vous avez besoin des références, euh, je suppose, j’imagine...

F. — Oui... Je vous écoute pour les références, monsieur.

A. P. — Alors, madame, pour les références, allons-y. C’est le 500, 105, le 500, 104, et le 500, 103.

F. — Quel est le numéro de série de l’appareil, s’il vous plaît ?

A. P. — Madame, l’appareil, j’ai pas le numéro de série. Le numéro... Je vous appelle en fait... Bon, là...

F. — Monsieur, donc vous allez me laisser parler, s’il vous plaît. Quelle est la date d’achat de l’appareil, s’il vous plaît ?

A. P. — (Reniflant, souffle court.) Madame, je l’ai acheté en... en juillet 2006.

F. — D’accord, bon, il faut le ramener en magasin, il faut les éteindre, monsieur.

A. P. — (Explosant.) Ah ! J’en étais sûr !... Je l’ai acheté au BRICO-DÉPÔT.

F. — Vous êtes Monsieur ?

A. P. — Je suis Monsieur Poun.

F. — Ça s’écrit ?

A. P. — P O U N. J’en étais sûr, j’ai lu un article. Vous l’avez lu l’article du Parisien du 15 janvier ?

F. — (Agacée.) Non. Le prénom, s’il vous plaît ?

A. P. — Attendez, madame. Moi je vous appelle pour savoir si la rumeur, ou en tout cas est-ce que l’information est vraie qui dit qu’effectivement les radiateurs KIETYS peuvent avoir un défaut sur les thermostats susceptible de provoquer un départ de feu.

F. — C’est exact, monsieur.

A. P. — (Reniflant, excédé, à bout de nerfs.) Alors, moi je vous explique la situation. Écoutez-moi, pardonnez-moi, mais... je vous explique la situation : moi je vis avec ma tante, qui est très malade, et avec ma petite sœur qui a la coqueluche, madame ! J’ai plus un sou, car je viens de me faire virer de ma boîte, j’ai fait une grosse connerie, alors, je viens pas pour me plaindre : mon employeur il a raison, j’ai été très distrait ces derniers temps, j’ai fait pas mal de boulettes, il me vire, c’est complètement normal, l’amour est précaire, pourquoi pas le travail ? disait Laurence Parisot. Mais à ma décharge, je passe des nuits en ce moment, qui sont petites, qui sont presque blanches, je ne dors plus, parce que je suis partagé entre l’idée qu’il faut chauffer la maison, et l’idée qu’on risque aussi de tous sauter, ici. Alors, je fais quoi, madame, moi ?

F. — Je vous ai dit de débrancher les appareils, monsieur.

A. P. — Je débranche, et on caille, en fait. Je sais pas... vous avez des données, ou pas ? Le risque est énorme ? S’il y a un risque sur deux, moi je le prends le risque !

F. — Monsieur, laissez-moi terminer !

A. P. — J’ai peur et j’ai froid !

F. — Monsieur, vous me laissez terminer ? Monsieur ?

A. P. — J’ai peur et j’ai froid, madame !... Allô ?

F. — Vous les ra-me-nez en magasin, et il y aura un échange ou on procèdera au remboursement !

A. P. — Mais un remboursement, euh, un remboursement conséquent, important ? Pour que je puisse acheter un autre chauffe-eau, euh chauffage.

F. — Vous aurez un avoir pour re-changer les appareils, bien sûr.

A. P. — (Énorme soupir, puis plus calme.) Ahhhhh, Pffffouou… Ah ben, j’ai peur, parce que l’article du Parisien, je me suis dit Le Parisien, c’est quand même une source d’information qui est fiable, après... Que Choisir, Que Choisir ils sont un peu poujados, je vous l’accorde, mais en même temps, ils disent souvent des informations vraies... Comment ça se fait que ces radiateurs ils aient pété les plombs ?

F. — Excusez-moi, je vais prendre vos coordonnées.

A. P. — Mais, madame, je vous trouve un peu énervée, moi je suis apeuré. Si vous êtes énervée et que je suis apeuré, on peut pas s’entendre. (Oppressé.) Allô ?

F. — Oui. Je vous écoute.

A. P. — Vous raccrochez pas, hein ! Je... Dites-moi ce qu’il faut que je fasse, je vais vous écouter. Dites-moi. Vous voulez... quoi ?

F. — Vous les débranchez, vous les chargez dans votre voiture, et vous les ramenez en magasin pour un échange ou pour un remboursement !

A. P. — J’ai pas... J’ai pas de voiture. Mais ça c’est pas grave, c’est…

F. — Si vous voulez, un technicien peut vous recontacter, hein ! [...] Vous avez combien de radiateurs avec vous ?

A. P. — J’en ai un et c’est déjà suffisant en termes de soucis.

F. — Vous pensez le ramener quand en magasin ?

A. P. — Le plus vite possible, madame. Samedi, je pense. Samedi, ça me dit. J’ai peur et j’ai froid.

F. — D’accord. Je comprends bien, mais vous aurez beaucoup moins froid, beaucoup moins peur si vous éteignez le radiateur.

A. P. — Et là, vis-à-vis de ma tante et de ma petite sœur, il vaut mieux que je débranche et qu’elles soient un peu malades, plutôt que je laisse le truc allumé ? Là, il faut le débrancher, hein ? Ce que vous me dites, c’est : « Débranchez, monsieur ! »

F. — Tout à fait, monsieur.

A. P. — (Énervé, voix de tête.) C’est : « Débranchez, monsieur ! », ce que vous me dites ? (Blanc.) Je le ramène samedi, et est-ce que je peux le ramener dans un autre BRICO-DÉPÔT, ou est-ce que je peux le ramener... ?

F. — Oui, tout à fait, vous pouvez le ramener dans un autre BRICODÉPÔT.

A. P. — Je vous remercie infiniment, madame.

F. — (Morne.) C’est moi.

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